Equipe du Dr Giordana (Centre hospitalier Ste Marie, Nice)

Intervenant : Dr Jean-Yves GIORDANA

Pour avoir moins de mal à réinsérer les gens, deux postulats (notion de réinsertion et de réhabilitation) :

  • éviter de les désinsérer au maximum ----> explication d'un mode de PEC (prise en charge) psychiatrique qui vise à les maintenir le plus possible dans leur milieu naturel
  • se poser la question de la stigmatisation du malade psychique et de son entourage

La discrimination va représenter pour le patient une souffrance qui se rajoute à la souffrance dû à la maladie ("2ème maladie"). Elle va pénaliser le patient. C'est un fardeau très important dans le processus de réinsertion du malade.
Les travaux effectués sur les représentations sociales de la maladie, ont mis en évidence trois types de représentations :

  • la maladie mentale est associée à la violence
  • le malade est considéré comme imprévisible
  • le malade a une perception infantile du monde

Ces représentations sont extrêmement lourdes et négatives. La stigmatisation a un impact péjoratif, déficitaire sur le cours de la maladie.
En plus d’être stigmatisé, la famille du patient le sera aussi (stigmatisation : vise à transformer un diagnostic en marque négative).

Cette discrimination faite au patient, se manifestera également dans l’accès aux soins. On remarque une attitude différente du corps médical face au patient. Difficultés dans l’accès au logement, au travail…

Ces études sur la stigmatisation sont nombreuses et ont leurs limites qui sont qu’elles visent à appréhender l’opinion du grand public. Ces études sont pour la plupart descriptives et ne prennent pas en compte le vécu du patient, ses émotions, le contexte dans lequel il vit.

Ces études sont menées en population générale et touchent la population générale (sondage). Le type de questions posées aux sondés sont "que feriez-vous dans la situation où votre voisin de palier aurait une maladie psychique ?" (Situation hypothétique, virtuelle).

Lorsque le patient est lui-même interrogé, il rapporte un vécu de honte pour lui et pour sa famille. Le sentiment d'être blâmé, d'être rejeté par la société.

Parmi toutes les maladies mentales, la schizophrénie cumule à elle seule beaucoup de préjugés. Ces préjugés varient beaucoup d’une maladie à une autre. Par exemple, le sentiment de proximité se retrouve plus vis-à-vis de la dépression et on observe une mise à distance vis-à-vis de la schizophrénie. On voit alors apparaître la "théorie de l'étiquetage", qui est qu'à partir du moment où quelqu'un est différent, il nous fait peur et par là même nous le mettons à distance.

Cette mise à distance peut être renforcée par certains programmes qui donnent une vision très médicalisée de la maladie psychique.

Une étude menée par Graham Thornicroft et supervisée par Norman Sartorius a mis en évidence les effets de la stigmatisation et de la discrimination à travers 27 pays. Pour chaque pays, 25 patients ayant fait l'objet d'un diagnostic de troubles schizophréniques représentent l'échantillon.

La moyenne d'âge est d'environ 40 ans, deux hommes pour une femme, le niveau d'étude est de 12 ans, 70% des patients ne travaillent pas, ils sont inscrits dans la maladie depuis 14 ans, la majorité est suivie en ambulatoire et 1/5 est hospitalisé.

L'outil utilisé est une échelle créée pour cette étude, la DISC 10

L'objet de cette étude INDIGO est d'essayer de voir, auprès des patients, s'ils étaient ou pas victimes de discrimination. Quelle était la nature de cette discrimination, sa direction (positive ou négative) et enfin si elle était sévère.

Deux types de discriminations ont été distingués :

  • la discrimination expérimentée ou vécue
  • la discrimination anticipée (le patient évite certaines situations pour ne pas être rejeté).

L'étude montre que ce qui est difficile pour les patients c'est de se faire regarder des amis, être traité différemment par sa famille, trouver un emploi et le conserver. Au niveau de la discrimination positive, seulement 10 % des patients en font état. Ils rapportent par exemple avoir été plus "choyés" par leur famille.

Les résultats montrent qu'en France la stigmatisation négative est très importante, comme dans de nombreux pays. Il apparaît qu’il n’y a pas de sociétés où les malades psychiques sont traités de la même manière que les autres.

La stigmatisation est un facteur de stress très important pour le patient, il en découle entre autres un manque d'opportunités professionnelles ou une aggravation de la symptomatologie. Tout ceci entraîne ainsi une diminution de l'estime de soi qu'il est important de tenter de restaurer.

Organisation du service : Pôle de psychiatrie générale, deux centres de santé mentale (CMP, hôpitaux de jour, CATTP, club thérapeutique) au nord et au sud de Nice. Ces deux centres travaillent en étroite collaboration avec un GEM. Pôle d'hospitalisation temps-plein, une antenne de CMP dans l'arrière pays niçois, une consultation universitaire, un accueil de jour, des appartements thérapeutiques (20 personnes). Depuis mai 2009, une HAD (20 patients) a été mise en place afin de permettre aux patients un maintien dans leur milieu naturel. Cela peut se faire dans la journée et mobilise des infirmiers 7j/7.